Centrafrique : Intervention russe vue par Me Crépin Moli Goumba

Publié le20 avril 2018 » 20287» De...Alain Nzilo »

Centrafrique : Intervention russe vue par Me Crépin Moli Goumba

 

 

Maitre Crepin Mboli-Ngoumba. Photo d’archive du CNC.

 

 

 

Bangui, le 21 avril 2018.

Par : Fred Krock, CNC.

 

L’intervention militaire de la Russie en République centrafricaine reste un sujet de controverse, surtout en ce qui concerne la position de l’ancienne métropole, la France. Beaucoup d’analystes entrevoient le cataclysme diplomatique à travers la présence militaire russe, arguant que la Russie est venue remplacer toutes les forces diplomatiques dont la France l’ancienne puissance coloniale. Véritable sujet de frustration pour la France dont l’Ambassadeur, Christian Bader a du expliquer à la presse, mercredi dernier, que ce n’est une gêne si la Russie intervient en RCA. Me Crépin Mboli Goumba invite les élites dans sa déclaration ci-dessous, à éclairer le peuple en le rassurant que France et Russie, ainsi que bien d’autres pays amis ont leur place en Centrafrique. ENTRE LA RUSSIE ET LA FRANCE, IL Y A LES CENTRAFRICAINS

Comment ne pas rappeler cette phrase de Michel Jobert : « Nul ne vient relever une nation qui s’abandonne si ce n’est pour la mettre à son service ». Je suis avec application les différentes déclarations, souvent sans nuance, suscitées par la présence à Bangui et Béréngo de quelques soldats russes. Comme j’ai eu à le rappeler ailleurs, chaque Etat souverain est libre de nouer des relations diplomatiques avec n’importe quel autre Etat, à partir de l’idée qu’il se fait du monde, mais surtout de la défense de ses propres intérêts. Or, les soutiens pétaradants du Président Touadéra ne conçoivent la présence de ces soldats russes en Centrafrique que de manière manichéenne, en remplacement des autres Etats, singulièrement de la France. Subséquemment, ceux qui expriment une position nuancée sont considérés comme ‘’des suppôts de la France’’. Personne ne les a pourtant investis arbitres des élégances. Le rôle des élites est de sortir de l’émotion, de réfléchir donc froidement, afin de montrer le chemin au peuple. Le Centrafrique ne peut pas vivre en vase clos, sans tenir compte du contexte international, avec des dangereuses fanfaronnades. Certains se piquent d’un nationalisme par procuration, veulent être libres mais à condition que d’autres peuples mènent à leur place cette guerre de libération. Eh bien, je voudrais dire sur cette question, des choses définitives : Opposer la France à la Russie en Centrafrique, comme le font les soutiens du régime, c’est risqué, dans un contexte de quasi guerre froide. Nous pouvons parfaitement collaborer avec tous les Etats, à la condition expresse de veiller à la défense de nos intérêts.

Si les tenants du tout militaire connaissaient les règles du monde tel qu’il fonctionne, ils verraient que le mois dernier une importante délégation russe, conduite par le Président de la chambre de commerce de Moscou, composée d’hommes d’affaires, s’est rendue à Ndjamena et a promis des milliards de dollars de financement. Qu’en Guinée Conakry, les Russes investissent des milliards dans les mines, sans que les Guinéens, ni les Français d’ailleurs, considèrent qu’il s’agisse d’un casus belli.

Alors, soyons cohérents: ne dénonçons pas le néocolonialisme pour embrasser un autre néocolonialisme. Ayons des relations décomplexées, repensées, avec, avant tout, la défense de nos intérêts et la sécurité de notre peuple. On peut donc collaborer avec la Russie, sans chasser la France, les Etats-Unis, etc. Car entre la France et la Russie, il y a surtout les Centrafricains.

Me Crépin Mboli Goumba, Président du PATRIE

 

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