CENTRAFRIQUE : COUR PÉNALE SPÉCIALE DE BANGUI, LES GRANDES MANŒUVRES

Publié le3 juin 2018 » 20869» De...Alain Nzilo »

CENTRAFRIQUE : COUR PÉNALE SPÉCIALE DE BANGUI, LES GRANDES MANŒUVRES

 

 

Bangui, le 4 juin 2018.

Par : Joseph Akouissonne de Kitiki, CNC.

 

DÉNI DE JUSTICE

          Il n’y a pas si longtemps, à l’occasion de la comparution d’un chef rebelle devant la Cour Criminelle de Bangui, au lieu de la Cour Pénale Spéciale de Bangui, nous avons écrit un article au titre prémonitoire : « Cour Pénale Spéciale de Bangui, c’est mal parti !» Nous nous étonnions de la requalification de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en simple association de malfaiteurs, ce qui permettait aux chefs rebelles d’être jugés devant une simple Cour Criminelle. Nous dénoncions alors ce qui ressemblait à une manœuvre visant à minimiser les peines encourues – voire à amnistier les criminels.

          La création de la Cour Pénale Spéciale de Bangui a été décidée par la CPI (Cour Pénale Internationale) pour juger les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité de manière rigoureuse et transparente. Elle se compose de magistrats centrafricains et internationaux, ainsi que d’experts en droits de l’homme. La crédibilisation de cette Cour tant attendue est corollaire de son indépendance. Aucune pression souterraine de la part d’hommes politiques ne saurait être tolérée.

          Malheureusement, l’ONU a déjà commencé à se livrer à des dérives inacceptables.

 

EXPULSION DUN AVOCAT EXPERT AUPRÈS DE LA COUR PÉNALE SPÉCIALE DE BANGUI (Info AFRIQUE NEWS)

          L’avocat français expert indépendant, Juan Blanco, pourtant mandaté par l’ONU, a été expulsé de Bangui, mardi 29 mai, par la même organisation des Nations-Unies.

          Il avait été recruté pour organiser des expertises indépendantes en RCA, destinées à la Cour Pénale Spéciale de Bangui. Seulement, voilà ! Il n’a pas hésité à dénoncer, sans complaisance, les dérives onusiennes en Centrafrique : violations des droits de l’homme, viols de femmes et d’adolescentes. Commentant un article du quotidien Le Monde, qui rapporte le massacre de 30 civils par des Casques bleus, le 10 avril dernier, ainsi que les violences commises sur une centaine de personnes, l’avocat en colère a poursuivi ses accusations : « faute de travail journalistique sérieux, un crime devient un incident et les civils massacrés, des cadavres à piétiner… » Ou encore : « Ces corps de civils brisés par l’impunité et par la propagande dont (le journaliste) se fait complice…»

          La dénonciation de ces dérives onusiennes n’a pas plu à l’organisation des Nations-Unies, qui a donc déclaré l’avocat expert persona non grata. Comme pour les viols de femmes et d’adolescentes par les Casques Bleus, l’ONU est en train d’organiser le blanchiment cynique de ses soldats auteurs de crimes. Un voile noir a été jeté sur les ignominieuses dérives sexuelles de ceux qui devraient être des soldats de la paix sans reproche. On ne parle même plus de ces crimes sexuels.

          C’est insupportable pour un État qui doit protéger ses populations. Les autorités centrafricaines devraient sortir de leur torpeur, taper du poing sur la table et rappeler la MINUSCA à l’ordre. Le sens de la dignité devrait obliger les dirigeants centrafricains à changer de paradigme et à se montrer résolument patriotes. La République Centrafricaine est un État souverain. Ce n’est pas un endroit où des barbouzes, des mercenaires et des rebelles peuvent venir, sans vergogne, faire leurs courses, massacrer les populations et bénéficier d’une indécente impunité.

          Il ne faudrait pas que la Cour Pénale Spéciale de Bangui se transforme en une mascarade. Tel que c’est parti, on peut légitiment craindre une prise en otage et une manipulation de cette institution.

          Mais les Centrafricains ne tolèreront pas que leurs bourreaux échappent à la justice. Si cela devait advenir, leurs dirigeants pourraient être considérés comme des parjures.

          Dans la situation actuelle, il en va de l’honneur d’un pays et de son peuple.

                                                                                                                           JOSEPH AKOUISSONNE DE KITIKI

(3 juin 2018)

 

 

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