Centrafrique : Karim Meckassoua où l’effet boomerang

Par Édouard ZOULOUTOA , Journaliste et chroniqueur Publié le 19-10-2018 - Modifié le 19-10-2018

L’honorable Karim Meckassoua. Credit photo : CNC.

 

 

 

Centrafrique : Karim Meckassoua où l’effet boomerang

 

 

 

Après les résultats des dernières présidentielle et législatives, ce n’était pas à Karim Meckassoua que devrait revenir le perchoir. Il s’était ramassé faut-il le rappeler un 3% à la présidentielle et prétendument déclaré élu député avec les résultats d’un seul bureau de vote, ceux des 14 bureaux ayant été invalidés on ne sait trop pourquoi, par la cour constitutionnelle de transition dans une des circonscriptions du 3ème arrondissement contre Lazare Ndjadder du MLPC. Martin Ziguélé, Anicet Georges Dologuélé ou même Béatrice Epaye étaient les mieux placés. Mais Simplice Mathieu Sarandji a réussi, avec une incroyable naïveté politique, à convaincre le nouveau président Touadéra à porter leur choix pour le perchoir à leur soi-disant « bienfaiteur » du temps de Bozizé Yangouvonda à savoir Karim Meckassoua qui les avait fait nommer recteur et secrétaire général de l’université de Bangui.

Mal leur en a pris car leur « bienfaiteur » d’hier est rapidement devenu leur principal dénigreur, très assoiffé de prendre le fauteuil de Touadéra notamment. Il n’avait de cesse de les traiter devant presque tous ses interlocuteurs et autres diplomates de tous les noms d’oiseau. Incompétents, cancres, nullards et on en passe, au point de faire regretter leur choix à Sarandji et Touadéra qui, s’étaient en réalité tiré une balle dans le pied en portant Meckassoua au perchoir. Malgré le tapis rouge déroulé sous ses pieds, Meckassoua et ses valets tels qu’Aurélien Zingas, vont introduire le ver dans le fruit de l’institution parlementaire en miroitant lors de la campagne électorale pour le perchoir, des chimères difficilement tenables et en faisant de fallacieuses promesses aux députés nouvellement élus de leur offrir gratuitement non seulement des pick-up Toyota BJ 80 et les kits d’attributs des députés initialement commandés par les responsables du parlement de transition de Ferdinand Alexandre Nguendet.

En fin de compte, c’est au trésor public qu’il sera demandé de payer trois fois le prix des attributs des députés en question. Revenu de Paris après quatre mois d’absence pour raison médicale, il recevra en pleine figure le second boomerang de cette affaire d’attributs des députés. Accusé à juste raison de malversation et de mauvaise gestion des finances de l’assemblée nationale, il répondra qu’il n’a pris même pas « un seul stylo de l’état ». Début mars déjà, il avait reçu le premier effet boomerang qu’il avait lancé lors de son accession au perchoir. La majorité présidentielle fait mordre la poussière à la presque totalité de ses lieutenants (Zingas, Timoléon Mbaikoua, Davy Yama et autres..) lors du renouvellement du bureau de l’assemblée nationale. En réalité, si le poste de PAN était aussi soumis à vote chaque année comme les autres postes du bureau, Meckassoua aurait aussi été balayé depuis mars dernier. La majorité présidentielle n’avait fait que lui rendre la monnaie de sa pièce consistant à acheter les députés afin qu’ils votent pour lui pour le perchoir.

Si l’argent pouvait permettre de tout acheter, Meckassoua serait aujourd’hui président de la République et assis dans le fauteuil qu’occupe actuellement Faustin Archange Touadéra. Malheureusement pour lui, l’argent seul ne suffit pas à tout obtenir dans la vie. Il devrait remercier éternellement Touadéra et Sarandji qui lui ont rendu le bien qu’il leur a fait et non passer le plus clair de son temps à les traiter de cancres et d’incompétents. Il s’est tiré à son tour une balle dans le pied en abattant toutes ses cartes lors de son allocution du 1er octobre, jour d’ouverture de la seconde session de l’année. Il a cru devoir proférer, articles du règlement intérieur de l’assemblée nationale à l’appui et des menaces contre le camp en face de lui. Qu’il ne se laisserait point conduire à l’autel comme un agneau sacrificiel, qu’il ne tomberait pas seul etc…Catalogué par Radio France Internationale comme « pro-français », son ami Christophe Boisbouvier a cru, sans doute à sa demande, poser des questions tendancieuses à Touadéra présent à Erevan pour prendre part au sommet de l’OIF mais obligé de répondre à une question sur le perchoir et le sort de Karim Meckassoua. Il en est de même de son autre ami François Soudan de Jeune Afrique à qui il a fait croire aussi que seul lui était le rempart contre la prétendue volonté prédatrice des ressources minières de la RCA par Touadéra et ses Russes.

L’accession au perchoir n’était pas un chèque à blanc qu’on avait donné à Meckassoua. S’il se retrouve à présent avec 97 députés sur 139, signataires d’une demande de destitution contre lui, cela veut dire que politiquement il n’a effectivement plus rien à faire sur le perchoir et devrait en tirer les conséquences en démissionnant de lui-même avant d’essuyer une éventuelle humiliation par un vote le destituant. Sa carrière politique dès lors prendrait ainsi fin. Il pourrait remettre en poche ses illusions de l’emporter à la prochaine présidentielle. Sauf à manipuler certains groupes armés dont on l’accuse d’être à l’origine de la création pour les lancer dans un coup de force pour s’emparer du pouvoir, on ne voit pas comment il pourrait rebondir en politique s’il se fait destituer. Il retournerait s’installer à Paris chez son ami Jean Yves Le Drian tout en faisant la navette sur Brazzaville chez son parrain Denis Sassou Nguesso.

S’il parvient à sauver sa tête sur le perchoir, la cohabitation inaugurée depuis mars dernier se poursuivra mais les députés de la majorité présidentielle continueront à lui pourrir la vie. Sa stratégie de débauchage des cadres du KNK de François Bozizé et du RDC pour les mettre dans son cabinet ne lui a pas beaucoup profité et l’a même contraint à se débarrasser de la plupart d’entre eux depuis son retour de Paris. La guerre est aussi déclarée entre lui et le couple de députés KNK Béa Bertin et son épouse Nadia Béa. Jamais l’assemblée nationale n’a connu un climat aussi délétère et malsain. Il est donc temps que quelqu’un d’autre soit promu au perchoir à la place de cet imposteur et roi des intrigues.

Meckassoua a fait publier la liste des députés ayant signé la note de sa destitution afin d’embarrasser certains comme le criminel Yekatome alias Rambo qui déclare après avoir été manipulé alors qu’il avait bien apposé sa signature en connaissance de cause. L’assemblée nationale est une institution censée entre autres vocations, contrôler l’exécutif et veiller à la bonne gouvernance. Meckassoua a empêché qu’une suite judiciaire soit donnée au rapport d’audit de la cour des comptes sur la gestion calamiteuse de Ferdinand Nguendet et de son CNT qui ont bouffé impunément plusieurs milliards de F CFA ainsi que d’autres cas de détournement de deniers publics à l’assemblée nationale sous Meckassoua. A cet égard, on ne peut accepter les craintes que certains compatriotes expriment sur son éventuelle destitution. Quelle instabilité ouvrirait –t- elle dans les institutions ? Les députés éliront un des leurs et puis c’est tout !

 

Par : Edouar Zouloutoa, journaliste et chroniqueur, CNC.

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