La chèvre de monsieur Seguin a sauté sur l’enclos

Par Joseph GRÉLA , Chroniqueur et élève du cours moyen de l'école indigène Publié le 17-08-2018 - Modifié le 17-08-2018

 

 

La chèvre de monsieur Seguin a sauté sur l’enclos

 

 

Alphonse Daudet a animé l’élève africain avec la lecture de La chèvre de monsieur Seguin.

Cette histoire ressemble aujourd’hui à ce qui se passe entre monsieur Seguin, la France et la Chèvre Blanquette nommée Centrafrique.

Permettez-moi de faire la mise à jour de cette histoire :

Il était une fois la chèvre de monsieur Seguin. Elle vécut 60 ans dans un enclos hermétiquement fermé. On aurait dit une séquestration. Elle était coupée du reste du monde, enveloppée dans l’intimité et l’ombre de son propriétaire, ne connaissant qu’un seul monde et qu’une pensée unique, celle de son maître. Elle tenta plusieurs fois de sauter sur l’enclos et de s’enfuir, mais hélas, elle fut rattrapée aussitôt ainsi que ses biquets. Et tour à tour ceux-ci furent jetés en pâture ou neutralisés, les nommés Boganda, Bokassa, Kolingba, Patassé, Bozizé.

Les œuvres quotidiennes, de monsieur Seguin consistaient à faire et à défaire la vie de Blanquette, à manipuler ses enfants contre elle, à semer la division et à les monter les uns contre les autres. Blanquette dit Centrafrique, n’en pouvait plus, mais subissait. Que de menaces dès que Blanquette bêlait avec ses enfants biquets pour espérer être entendus par les passants ! Blanquette était dépossédée de tout, même de fines herbes poussant dans cet enclos ressemblant aux écuries d’Augias.

Les annotations surannées dites « accords » inscrites dans son acte de naissance de 1960, l’empêchaient de se mouvoir dans son propre environnement. Elle n’avait aucune bulle pour protéger ses chevreaux et son intimité. Tout ce qu’elle était dans cet enclos était à monsieur Seguin : le pré, les herbes verdoyantes, les ruisseaux, les arbustes, les arbres fruitiers voire les tubercules appartenaient à monsieur Seguin. La chèvre Blanquette Centrafrique ne pouvait rien faire de mieux que de donner les miettes à ses biquets. Monsieur Seguin ne cessait d’intimider sa chèvre, « si tu sors de cet enclos, tu seras dévorée par les loups. Tu vois, ta sœur Guinée Conakry est partie, elle n’est plus revenue. L’on ne sait ce qu’elle est devenue : perdue ou dévorée. »

Mais voilà qu’un jour, bravant les recommandations, sans crier gare, ni sonner trompette, et, nourrie d’une audace indescriptible Blanquette, Centrafrique, la Chèvre de monsieur Seguin sauta sur l’enclos, tomba dans la rue du quartier et s’en alla tout émaciée vers un horizon inconnu. Evidemment, elle avait peur de l’extérieur. Mais… en avant … c’est devant… Elle courrait, courrait encore malgré son état de santé pitoyable et son âge avancé.

Dans sa course folle, les tuyaux de perfusions trainaient et la ralentissaient, mais elle n’avait cure. Il faut échapper à monsieur Seguin qui la poursuivait. C’est alors qu’elle fut reconnue par madame la Russie qui l’attrapa net.

« C’est la chèvre de monsieur Seguin ! » s’écria-t-elle, perdue dans un océan d’émotions. « Qu’elle est maigre ! Flétrie ! Peau collée sur les os ! » rajouta-t-elle. Elle l’entraina dans sa villa lui dressa une table garnie de fines herbes variées exquises. La dame Russie lui offrit l’hospitalité et tout ce qu’elle avait pour se prendre en charge elle-même.

« Eh ! Oh! Voisine, as-tu vu ma chèvre ? » s’égosilla, monsieur Seguin qui arriva en trombe devant madame Russie.

« Oui, je l’ai vue, rétorqua madame Russie, ta malheureuse vieille chèvre pleine d’échancrures. Prise de pitié, je lui ai apporté à manger. En ce moment, elle s’engraisse, se sent libre et retrouve peu à peu le sourire. »

« Merci pour toi, ma chère voisine madame Russie. Mais rends-la-moi. Je m’en occuperai plus tendrement, » se plaignit monsieur Seguin.

« Nooon, monsieur Seguin, je lui ai rendu la liberté que tu ne veux pas lui donner. Les annotations poussiéreuses de son acte de naissance sont désormais invalides. Je m’engage à la soigner pour la débarrasser de tous les vers intestinaux qui la rongent et l’affaiblissent : les selekas, les groupes armes, les anti-balles AK. »

Madame Chine, une autre voisine qui passait par là, intervint : « Qu’est-ce qui se passe ? »

Monsieur Seguin se tourna vers la dame Chine et expliqua son histoire.

La dame Chine répondit : « N’as-tu pas honte, monsieur Seguin ? J’avais vu ta chèvre Centrafrique affamée, efféminée, agonisant chez toi dans l’un de tes 14 enclos. Je ne voulais pas m’immiscer dans tes affaires et dans ton système d’élevage. Je ne voulais en aucun cas réveiller tes vieux démons appelés Droit de l’Homme, ou de la colonisation. Je baissais la tête en passant devant tes enclos et jetais à tes 14 chèvres, à ton insu, quelques bottes de blé, du manioc, du paracétamol pour les raviver. Mais, maintenant que Blanquette est courageusement sortie, pour s’affranchir, je soutiens notre voisine la dame Russie. Je vais contribuer à élever Blanquette pour qu’elle recouvre définitivement sa liberté et s’affranchisse de ce que tu appelles ’indépendance’, synonyme de prison. Alors je te conseille de tourner la page et de t’occuper des 13 autres avant qu’il ne soit trop tard »

Entêtée, monsieur Seguin s’évertue de coulisses en coulisses pour ameuter d’autres voisins à son secours, en l’occurrence monsieur Tchad, ancien manipulateur-manipulé. Il est trop tard.

En ce moment, la France perd progressivement la bataille de Centrafrique. Longtemps, la France a joué avec le feu en manipulant les uns les autres, en divisant pour continuer à régner. Elle ne récolte que ce qu’elle a semé. Il ne lui reste que la diplomatie et ses yeux pour observer Centrafrique prendre le large.

La Russie et la Chine sont en train de faire une OPA (Offre Publique d’Achat) sur les autres anciennes colonies françaises qui risquent de suivre l’exemple de Chèvre Blanquette nommée Centrafrique.

Centrafrique longtemps bafoué, soumis, longtemps brimé par tous mais de ce jour, brise la misère et la tyrannie pour reconquérir, devant le reste du monde, ton droit et ton unité escamotés. Brandissons, Centrafricains, l’étendard de la patrie.

Centrafrique a ouvert les portes. Une espérance s’éclore. Peut-être une révolution « En Marche ». Soutenons-la. Les treize autres suivront… sûrement.

 

Joseph GRÉLA

 

L’Élève du Cours Moyen

De l’École Indigène

De Brousse de Bakouté

 

 

 

 

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