CENTRAFRIQUE : APPEL POUR UNE UTILISATION RATIONNELLE DES RESEAUX SOCIAUX POUR LE DEVELOPPEMENT DU CENTRAFRIQUE

Publié le21 janvier 2018 » 18538» De...Alain Nzilo »

CENTRAFRIQUE : APPEL POUR UNE UTILISATION RATIONNELLE DES RESEAUX SOCIAUX POUR LE DEVELOPPEMENT DU CENTRAFRIQUE

 

 

Monsieur Clotaire Saulet Souroungba, l’auteur de l’article.

 

 

Bangui, le 22 janvier 2018.

  1. Par : Clotaire SAULET SURUNGBA

 

Il n’y a pas très longtemps, les communautés centrafricaines du monde entier, particulièrement celle de France, mais aussi, les communautés africaines, ont été mises en émoi par ce qu’il convient d’appeler  l’affaire de « la bande sonore d’Angers ». Comme bien d’autres, j’ai été choqué… Il n’est pas question pour moi aujourd’hui, de venir mettre une couche supplémentaire sur tout ce qui a été dit et redit à ce propos, mais je voudrais tenter de lancer un appel pressant à la nouvelle génération pour que les réseaux sociaux soient une arme pour le développement de la République centrafricaine.

Par définition, les réseaux sociaux sur Internet sont des applications qui ont comme objectif de relier des amis, des connaissances ou des associés. En effet, ils permettent de :

  • retrouver des personnes perdues de vue,
  • rencontrer de nouvelles personnes,
  • partager une passion, un intérêt pour un sujet quelconque,
  • développer les réseaux de relations privées ou professionnelles,
  • travailler votre image,
  • vous faire connaître ou faire connaître votre travail,
  • vous tenir au courant des nouvelles de vos contacts et amis etc…

Les réseaux sociaux professionnels, quant à eux, contribuent grandement au développement des entreprises. Et je vais circonscrire cette réflexion ici en me limitant aux réseaux sociaux généralistes tels que Facebook ou Twitter.

Selon une analyse sur « la force des médias sociaux en Afrique », parue dans le journal en ligne www.afrik.com du 9 janvier 2017, il ressort que les médias sociaux constituent désormais des espaces d’échanges constructifs et incitateurs d’idées et de valeurs nouvelles. Ils donnent des milliers d’opportunités aux jeunes. Aussi, ces réseaux bouleversent-ils le fonctionnement de tous les milieux et de tous les secteurs, notamment politique, vie sociale, économie et même développement.

Malgré son faible taux de pénétration, l’Internet est une plateforme qui brise toutes les barrières, touche partout les catégories les plus actives de la population : les jeunes africains sont partout connectés.

De récentes statistiques indiquent que plus de cent (100) millions d’africains se connectent sur Facebook, dont 80% sur le mobile. Les acteurs du monde politique africain prennent de plus en plus conscience de la force de Facebook. Et les populations n’hésitent pas à utiliser cette plateforme pour inciter au changement de la vie sociétale, politique et économique de leur pays.

Les populations reçoivent des informations en temps réel pendant les élections dans les pays africains, par le truchement de Facebook. A travers des groupes de discussions, les Africains s’expriment librement et propulsent des prises de décisions par les autorités compétentes. Facebook est aussi une forme d’agora permanente, qui se joue des frontières, il maintient des liens familiaux par delà les exils et les voyages, il devient un prolongement permanent de la vie quotidienne des jeunes Africains.

Ces extraits de l’article de Dominique Eliane Yao m’interpellent, au regard de la dérive suicidaire, voire la mauvaise utilisation que nous, Centrafricain(e)s avons fait montre ces derniers mois sur la toile et dont l’exploitation de la « bande sonore d’Angers » n’a été que le point culminant…

N’eût été la profonde crise que la République centrafricaine traverse depuis mars 2013, voire décembre 2012, nos entreprises devraient utiliser ces NTIC pour leur développement, pour parler de la « République centrafricaine, Merveilleux Pays » comme le faisait à l’époque le ministère du tourisme à travers des affiches publicitaires ou pour rechercher des partenaires et des marchés…

Toutefois, les multitudes problèmes que rencontrent aujourd’hui notre Pays, et pour longtemps encore, peuvent être résolus grâce à une utilisation rationnelle des réseaux sociaux et des NTIC.

La République centrafricaine est par terre et tout ou presque, est à construire. Lors des échanges que j’ai eus avec une compatriote résidant au Royaume-Uni sur les réseaux sociaux début novembre 2017, elle m’a, de manière polie et courtoise, mis en cause dans l’état de délabrement de notre pays. Elle a fini son propos en affirmant que ma génération a échoué…Tout en lui concédant qu’elle a absolument raison, je n’ai pas manqué de lui signifier que je vais me rattraper pour mon pays en  accompagnant la «  nouvelle génération » ou la « génération montante » dans toutes les initiatives qu’elle prendrait pour le relèvement et le développement de la République centrafricaine.

L’ancienne génération, pour ne pas dire « A baba So », a échoué, mais les responsabilités sont partagées, en dernière analyse…La vieille génération, la mienne, disposait-elle de cette puissante arme de lutte contre le sous- développement que sont les réseaux sociaux ? Ces réseaux sociaux qui, en politique, avaient permis à Barack Obama, le premier Noir à accéder à la Maison Blanche, n’existaient pas, par exemple , à l’époque où j’étais étudiant à Bangui ou même dans les années 70-80 quand je présidais la section de l’Union Nationale des Etudiants Centrafricains (UNECA-FEANF) de Toulouse. Ce n’est que depuis 2006 que n’importe qui peut s’inscrire sur Facebook de Mark Zuckerberg, afin d’y construire son réseau…

Les défis qui se posent à la République centrafricaine sont multiples : sécurité, paix, corruption, vivre ensemble, mauvaise gouvernance, mentalité rétrograde, manque d’énergie etc…

Que fait la nouvelle génération Centrafricaine avec les réseaux sociaux pour le développement de notre Pays ?

Je voudrais partager avec vous une réaction suscitée par le dernier EDITO GJK  « Mentir aux autres et se mentir à soi-même en rond » du 19 janvier 2018 de Guy José Kossa. La compatriote Baïpo Temon Sylvie a fait le commentaire suivant : « Un jour, ce pays verra naître de vrais hommes de conviction pour prendre le pouvoir. C’est la seule condition pour le développement économique et social de ce Pays »…

Bien avant elle, Didier Martial Pabandji, dans sa vidéo du 27 décembre 2017 a lancé un appel pour une révolution, au sens noble du terme, en RCA.   On doit choisir le meilleur d’entre nous pour être le candidat de la Jeunesse aux élections présidentielles de 2021, afin de transformer la RCA de l’intérieur a-t-il lancé !

Qu’il me soit permis de rappeler pour notre gouverne que la révolution iranienne de la fin des années 70 n’aurait pas été possible si l’Ayatollah Komeiny, depuis Neauphle-le-Château en France, n’avait pas préparé la chute du Shah d’Iran, à travers des messages enregistrés sur des cassettes audio et envoyés au pays. La suite nous la connaissons…

Que l’on ne se méprenne pas sur cette allusion qui ne signifie nullement que l’actuel locataire du Palais de la Renaissance, démocratiquement élu, serait devenu le Shah en Centrafrique. Il s’agit ici de relever la force de frappe d’un moyen de communication …Car les Centrafricains résidant sur le territoire national sont aussi connectés et peuvent lire les vidéos et les messages via Internet…

Les réseaux sociaux constituent aujourd’hui, de nouvelles et puissantes armes pour cette révolution tranquille et démocratique que les compatriotes Baïpo Temon Sylvie et Didier Martial Pabandji appellent de leurs vœux pour la transformation positive de notre pays. C’est le vœu de la majorité silencieuse : un Centrafrique uni, pacifié, prospère et où il fait bon vivre et s’épanouir…

Ces réseaux sociaux contribuent aussi à la naissance et à l’émergence d’une société civile forte et capable de dénoncer les abus des pouvoirs et d’informer les masses sur les enjeux du moment. Alors que les médias sont souvent contraints de ne pas reprendre toute information susceptible de salir l’image des régimes en place, les réseaux sociaux échappent à tous ces contrôles pour transmettre la réalité telle qu’elle est. Ils deviennent ainsi une force capable de contraindre les décideurs politiques à changer leur comportement. Et quand la compatriote Nancie Marie-Blanche Yassara publie le post : « CPI-viols des femmes et enfants dans la guerre, c’est aussi des crimes contre l’humanité-La justice pour les enfants et femmes violés en RCA-Merci » en ce 20 janvier 2018, ce n’est pas de simples mots balancés en l’air. La raison l’emportera tôt ou tard et le message est passé…

Je ne dirais jamais assez que le Centrafrique est malade de sa classe politique. Nous n’avons pas besoin des hommes et des femmes qui tomberaient du ciel, mais plutôt d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes, capables de s’oublier dans l’intérêt de la communauté. Et les réseaux sociaux contribuent à la naissance et à la promotion de ces nouveaux leaders par le fait qu’ils constituent un centre de documentation et une banque d’expériences en matière de leadership. Car ils donnent à chaque citoyen la parole et lui offrent la chance d’être entendu. C’est ici pour moi le lieu de saluer les initiatives des compatriotes Serge Lenguéndayen de « Génération Douée » et Maxime Nana du mouvement « Correct » qui se positionnent déjà sur le terrain politique, avec des projets de société cohérents. Dans cette même rubrique, je rangerai les vidéos du compatriote Rodrigue Joseph Prudence Mayté dont la trame est la dénonciation de toutes les dérives de la société, les analyses politiques, économiques et culturelles, avec en toile de fond, des propositions concrètes de solutions à certaines problématiques ou bien les vidéos de Axime Césaire Oronindji et Denise Yakazangba.

La redynamisation de la Diaspora centrafricaine n’aurait pas été possible sans l’exploitation des réseaux sociaux qui aura permis au compatriote Bienvenu Aimard Guinon Angbélé de rassembler près de deux cent (200) personnes à Paris, le 04 novembre 2017, lors de l’assemblée constitutive de la Communauté Centrafricaine de France-CCFR.

Grâce aux réseaux sociaux, le compatriote Dédé Sombo alias Blacka Bakanal a su lever des fonds pour réhabiliter à Bangui le dispensaire de Lakouanga et le terrain de Basket-Ball de l’école Koudoukou dans le 3ème Arrondissement. Il se bat en ce moment pour doter un centre de santé d’une ambulance afin d’alléger les souffrances des femmes lors des accouchements. Dans le même ordre d’idées, le Collectif de la Diaspora Centrafricaine (CDC) du compatriote Alazoula Kikitos s’emploie aussi à réhabiliter le dispensaire de Mamadou Mbaïki et ramener la paix dans le 3ème Arrondisement.

La campagne d’information du Fonds de dotation « Mossoro Tî Bê » dont l’objet est de collecter des fonds financiers et matériels aux fins de réaliser ou de faire réaliser en Centrafrique des œuvres d’intérêt général dans les domaines humanitaire, social, éducatif, sportif et économique, menée par le compatriote Anicet Kouby, par le truchement des réseaux sociaux, va rendre opérationnel ce projet dont l’importance n’est plus à démontrer.

Je ne saurais faire l’impasse sur cet important outil de travail qu’est LeLab-RCA du compatriote Cyrus Nabana. Ce think tank dont la démarche est basée sur l’analyse, la conception et la mise en œuvre de solutions techniques, sociales et économiques, en ayant une approche multidisciplinaire qui combine les niveaux local, national et global de la société centrafricaine, constitue en soi, une véritable prise de conscience de la nouvelle génération qui veut relever tous les défis du développement du pays en cette période de guerre économique mondiale.

Et je ne vais pas oublier Aristide Pessinguia qui ne cesse d’interpeller sur la gestion et la réorganisation des structures de direction de notre sport-roi, le basket-ball ou bien André Régnier qui se bat comme un diable sur la question capitale des énergies renouvelables et la dotation des écoliers centrafricains en cartables solaires numériques !

Je n’ai probablement pas fait mention de toutes les initiatives que des compatriotes sont en train de mener grâce aux réseaux sociaux et aux NTIC. Aussi, je prierai les personnes citées de ne pas m’en vouloir et je leur adresse par avance mes excuses au cas elles se sentiraient lésées ou que leur pensée ne serait pas retranscrite fidèlement.

Ces exemples qui nous honorent ne doivent pas nous faire perdre de vue le revers de la médaille. Qu’est ce que nous n’avons pas lu sur la toile et qu’avons-nous pas entendu dans certaines vidéos ou live ?

A un moment donné, les réseaux sociaux sont devenus des poubelles, des dépotoirs où nous exposons notre bestialité, notre animalité, nos platitudes et nos colères à travers des insultes, des calomnies, des médisances tout en semant les graines de la haine et de la division. Nous créons des avatars pour mieux insulter tel ou tel compatriote ou pour prendre une position dans certains débats. Cette expression de la couardise n’est pas propre à la nouvelle génération, mais aussi, des nabots de l’ancienne génération se livrent allègrement à ces jeux puérils.

Je ne voudrais pas apparaître comme un donneur de leçons de bonne conduite sur les réseaux sociaux. Mais le choc suscité par « la bande sonore d’Angers » a été tel que je lance cet appel afin que nous utilisions au mieux les réseaux sociaux dans les domaines politique, économique, culturel, sportif et autres. Ainsi par exemple, le compatriote Paul Cyriaque Sémaporo est en train, dans le cadre des activités de l’association « La Voix des Sans Voix », de préparer la « résurrection » de Papa Bhy Gao à Troyes en février prochain à travers des vidéos qui nous retracent le cheminement de ce grand musicien centrafricain, passé depuis dans l’oubli…

L’utilisation rationnelle des réseaux sociaux, sur le plan politique, pourra amener de profonds changements dans le paysage politique centrafricain dans les années à venir. La nouvelle génération qui opte pour la bataille politique peut s’inspirer du printemps arabe de 2011 en occupant déjà le terrain tout en s’organisant à l’instar du « Balai citoyen » du Burkina-Faso ou le mouvement « Y’en a marre » du Sénégal…Le renouvellement de la classe politique centrafricaine passerait probablement par là…

Je terminerai mon propos en demandant à nos compatriotes qui excellent dans la production des vidéos ou « live » sur Facebook de se faire violence pour s’accepter mutuellement en évitant de s’insulter ou insulter autrui de manière claire ou voilée ou de tenir des propos désobligeants sur des personnes ou personnalités et enfin, d’être conciliants les uns envers les autres.

Je souhaite ardemment que Axime Césaire Oronindji, Kassa Kassamongonda, Aimard Bienvenu Guinon, Serge Celse, Blacka Bakanal, Di Cavani et Gattuso fument le calumet de la paix en ce début d’année 2018…

Centrafricainement…

 

 

Clotaire SAULET SURUNGBA

Ancien Conseiller National, Représentant de la Diaspora Zone Europe au CNT

Conseiller « Communauté Centrafricaine de France-CCFR)

 

Bibliographie :

www.afrik.com  du 09 janvier 2017 : La force des médias sociaux en Afrique

www.voicesofyouth.org : L’avènement des réseaux sociaux en Afrique : une opportunité ou une menace pour le continent, par Murhula Zigabe

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