CENTRAFRIQUE : BLOCAGES

Par Joseph Akouissonne de Kitiki , Journaliste et Contributeur spécial Publié le 27-11-2018 - Modifié le 27-11-2018

 

 

CENTRAFRIQUE : BLOCAGES

 

UN GOUVERNEMENT INCAPABLE DE PRENDRE LA MESURE DU PÉRIL ?

         Comme un lion blessé dans la savane, le peuple centrafricain est meurtri et en colère. Il ne peut que rugir de rage devant l’impéritie de ses dirigeants et face à la déliquescence de son pays, qui part en lambeaux.

         Car le constat est fait : des dirigeants, pourtant démocratiquement élus, se révèlent incapables de résoudre le drame qui s’est abattu sur leur pays. Leur impuissance se traduit par un manque de réactivité insupportable devant les massacres de populations et la dislocation du territoire.

         Il ne s’agit pas de proférer ici des anathèmes sur la personne du président de la République. Mais, avec le respect dû à son rang, les Centrafricains sont en droit de s’interroger sur les capacités de leur dirigeant à affronter les périls qui menacent leur pays. Ils peuvent exiger de leur président des actions fortes face aux séditieux qui sont en train d’ébranler le soutènement de la maison Centrafrique.

         Pourquoi garder un Premier ministre et un gouvernement dont les Centrafricains demandent depuis longtemps la démission ? Pourquoi ne pas associer l’ensemble des citoyens aux pourparlers de paix ? Ce face-à-face avec les rebelles échouera inévitablement si le peuple centrafricain n’y est pas associé. Souvenons-nous des paroles d’une grande force, gages de démocratie et de bonne gouvernance, prononcées par le président Touadera lors de son investiture : « je suis le président des pauvres. Je vais rompre avec le passé… »  Ces propos doivent résonner aujourd’hui comme une exigence.

    

ABOMINATION

          C’est une abomination presque indicible. En République Centrafricaine, les jours se suivent et se ressemblent, avec leurs lots d’horreurs insoutenables. Pas une journée ne se passe sans que l’on soit pétrifié par l’envergure des massacres. Les derniers martyrs, suppliciés par des islamistes à l’intérieur même d’églises, à Bambari et à Alindao, s’ajoutent à la liste interminable des malheureuses victimes de tueries.

         La population n’en peut plus. Elle poursuit inexorablement une descente en enfer que rien ne semble pouvoir arrêter. Victime innocente de prédateurs exogènes, elle n’en finit pas de lancer des cris de souffrance qui se perdent dans l’anonymat de la savane, sans être entendus des dirigeants, qui semblent vivre hors sol à Bangui. Ces cris lancinants de détresse ne semblent pas troubler leur quiétude, ni leurs ripailles indécentes. Jamais on n’a vu pouvoir aussi délétère, avec des responsables qui donnent l’impression d’être incapables de protéger leur peuple et de porter des œillères face à sa souffrance.

         On reste atterré devant tant d’aberration. La maison Centrafrique est à feu et à sang, mais ceux qui sont chargés d’éteindre les flammes regardent ailleurs.

        

PAR LEUR COMPORTEMENT AMBIGU FACE AUX REBELLES, LA MINUSCA ET LES FORCES EUROPÉENNES ONT FAILLI A LEUR MISSION

         Ali Darassa, le Nigérien, est la figure emblématique du double jeu de la Minusca et des forces internationales en Centrafrique.

         Depuis la Transition, les autorités du Palais de la Renaissance ont voulu utiliser le tueur Darassa comme un pion chargé de déstabiliser les autres factions sélékistes. Quelle naïveté ! Elles auraient dû, au préalable, creuser le passé sulfureux de ce Nigérien, voleur de bétail de ses congénères peuls du Niger. Elles auraient su qu’il s’était allié, par la suite, avec le rebelle tchadien Baba Ladé, insurgé contre le régime d’Idriss Déby, mais capturé par les autorités centrafricaines et livré au régime de Ndjamena. Ali Darassa, pour sa part, parvint à fuir et à se réfugier au sud du Tchad, à la frontière avec la République Centrafricaine. Par la suite, il devint l’allié des Sélékas de Michel Djotodia qui marchaient sur Bangui.

         A la fin de l’éphémère pouvoir de ce dernier, Darassa fut nommé gouverneur de la Haute Kotto par le gouvernement de la Transition, avec l’aval des puissances étrangères impliquées dans le conflit centrafricain.

         Mais il n’hésita pas à trahir ses mentors et à retourner ses Kalachnikovs contre eux.  Il devint, par la suite, un musulman fanatisé, massacrant des curés et leurs paroissiens, sans oublier d’incendier les lieux de cultes chrétiens.

         Les derniers drames de Bambari et d’ Alindao où des chrétiens et leurs prêtres ont été immolés par le feu sont l’œuvre de Darassa et de ses mercenaires fanatisés.

         Il est urgent d’arrêter ce criminel aux mains pleines du sang des Centrafricains.

QUE FAIRE POUR METTRE FIN AUX SOUFFRANCES DU PEUPLE CENTRAFRICAIN ?

         Il est impératif que les Centrafricains se réapproprient leur destin. Aujourd’hui, on a la détestable impression que les problèmes du pays sont traités par procuration, par des étrangers. Le président de la République semble être pris en otage par les Russes qui, visiblement, lui dictent sa conduite dans le processus de négociation de la paix. On a l’impression qu’ils se comportent désormais en vrais maîtres de Bangui.

         Pour redonner espoir, le président Touadera doit changer de braquet et mobiliser le peuple autour de nouvelles propositions de paix, qu’il initierait lui-même et auxquelles les Centrafricains seraient associés.

         Car il ne faut pas être devin pour craindre, malheureusement, l’échec des initiatives de paix, celles venues des Russes et celles de l’Union Africaine soutenues par les Français. Les puissances en question utilisent un peuple meurtri et désarmé pour se livrer à leurs chamailleries de guerre froide.

         Elles sont en train de fabriquer deux Centrafrique : l’une musulmane, au centre et au nord-est, peut-être soutenue par la France et l’autre chrétienne, peut-être soutenue par la Russie.

         Les Centrafricains accusent les autorités françaises de soutenir les ex-Sélékas pour remplacer le président Touadera. La catastrophe qui menace un pays pourtant souverain ne fait aucun doute. Les puissances étrangères sont à la manœuvre pour imposer un funeste destin à la Centrafrique, leur seul but étant de contrôler le territoire centrafricain, ses populations et ses immenses richesses.

         Mais, face à ces préméditations funestes pour leur pays, les Centrafricains sauront dire non, ils résisteront !

VIVE LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE DÉMOCRATIQUE ET LAÏQUE, UNE ET INDIVISIBLE !

                                                                                                                                    

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