Centrafrique : les pourparlers de Khartoum sous l’égide de la Russie.

Par ...Alain Nzilo Publié le 12-07-2018 - Modifié le 12-07-2018

 

 

CENTRAFRIQUE : LES POURPARLERS DE KHARTOUM SOUS L’ÉGIDE DE LA RUSSIE,

 

 

Bangui, 13 juillet 2018 (CNC) –

 

TOUADERA JOUE SOLO !

 

LES RUSSES MAITRES DU JEU EN CENTRAFRIQUE ?

            C’est ainsi qu’ils apparaissent en effet désormais. Il semblerait qu’ils soient les principaux activistes dans la recherche de la paix en Centrafrique. Exit la France. Exit la Communauté Économique et Monétaire des États de l’Afrique Centrale (la CEMAC). Exit l’Union Africaine. Exit l’Occident. Exit l’ONU.

          Le Président Touadera vient de changer de braquet et de direction dans la recherche de la paix. Il a décidé de tout chambouler. De jouer solo et de rencontrer directement, sous l’égide des Russes, les groupes armés à Khartoum, capitale du Soudan.

          Est-ce qu’il n’aurait pas été plus judicieux que ces pourparlers se tiennent à Bangui, capitale de la République Centrafricaine ? C’eût été un symbole fort, celui d’un partage de la souveraineté nationale avec le peuple. C’eût été encore le rappel du Forum de Bangui, qui avait permis de recueillir les doléances d’une population souveraine.

          Il est fortement à craindre que ces pourparlers se tenant hors de la Centrafrique ne débouchent sur rien. L’échec des nombreuses tentatives précédentes organisées à l’étranger en témoigne. La recherche acharnée de la paix par le président Touadera pour le pays déstabilisé qu’il dirige est légitime. Mais, sans y associer la nation, il risque de faire capoter son projet. Le peuple martyre n’en peut plus de soigner ses blessures. Il n’en peut plus de se réfugier en brousse pour fuir les massacres ou de prendre les chemins incertains de l’exil. Il n’en peut plus de voir ses villages razziés et incendiés. Il n’en peut plus de vivre comme un condamné à l’enfer perpétuel.

 

IMPUNITÉ POUR LES AUTEURS DE CRIMES DE GUERRE ?

Quelles concessions a-t-on accordées aux chefs des bandes armées pour qu’ils acceptent de dialoguer ? D’après le journal en ligne La Voix des sans-voix, « le président Touadera aurait promis aux chefs rebelles la Primature, alors que ceux-ci exigeaient plutôt la Défense, la Sécurité, les Affaires étrangères, les Mines et les Finances. »

          Hallucinant ! Les séditieux voudraient finalement tout le pouvoir ! Il ne leur reste plus qu’à exiger le Palais de la Renaissance et à demander le départ d’un président démocratiquement élu. Espérons que ces insupportables exigences des bourreaux du peuple centrafricain ne sont que des rumeurs. Car, si elles venaient à être confirmées, elles constitueraient un véritable défi pour le pouvoir légitime.

           On se souvient des efforts répétés du président Touadera pour convier les rebelles à des pourparlers. Ils les avaient refusés avec dédain – certains allant même jusqu’à l’insulter en lui contestant sa légitimité. S’ils acceptent maintenant de rejoindre la table des négociations, c’est peut-être parce que l’impunité leur a été promise.

          Mais – nous n’avons pas cessé de l’écrire ici – l’impunité et le partage du pouvoir avec ces bourreaux sont absolument insupportables. Ceux qui ont du sang de Centrafricains sur les mains doivent impérativement rendre des comptes à la nation.

          Et pourtant, en haut lieu, on dirait que plus personne n’évoque les exactions perpétrées par les groupes armés. Des milliers de victimes innocentes semblent oubliées – alors qu’à jamais, elles hanteront la mémoire des Centrafricains. Une tache indélébile a souillé pour toujours la terre des Bantous. Le sang des Centrafricains n’a cessé de couler à flots depuis l’indépendance et d’irriguer une terre qui semble maudite.

 

KHARTOUM : UNE TROISIÈME TRANSITION ?

          Les transactions qui se préparent à Khartoum préfigurent-elles une troisième Transition? En tout cas, le scénario est le même que celui des pourparlers de Libreville, initiés par la France de Hollande et le Tchad de Déby, qui avaient mis brutalement fin au pouvoir de François Bozizé, remplacé par le chef de l’ex-Séléka, Michel Djotodia.

Cette première Transition a précédé celle que la France et le Tchad ont une nouvelle fois mise en place avec Catherine Samba-Panza comme présidente.

Les pourparlers de Khartoum ont été, quant à eux, initiés par les Russes, nouveaux tuteurs du pouvoir centrafricain. Vont-ils obliger le président Touadera à accepter une nouvelle Transition ou à partager le pouvoir avec les rebelles au grand dam des Centrafricains?

Les exigences de ces bandes armées pour ne plus combattre sont intolérables. Si on se soumet à leurs diktats, ce sont les portes de la Centrafrique qui seront ouvertes à tous les prédateurs. La République Centrafricaine deviendra alors un pays où il suffira de venir massacrer les populations pour prendre le pouvoir. C’est inacceptable.

 

Par : JOSEPH AKOUISSONNE DE KITIKI 

(12 juillet 2018)

 

 

 

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