CENTRAFRIQUE : N’OUBLIONS PAS LES VICTIMES !

Par Joseph Akouissonne de Kitiki , Journaliste et Contributeur spécial Publié le 16-11-2018 - Modifié le 16-11-2018
déplacement de la population des villes de provinces en République centrafricaine.

Débandade de la population contre les attaques des groupes armés en Centrafrique. CopyrightDR.

 

 

CENTRAFRIQUE : N’OUBLIONS PAS LES VICTIMES !

 

 

CHETÉ  INSUPPORTABLE,  ABDICATION  INACCEPTABLE

          Un cri profond est en train de monter des entrailles de la nation centrafricaine. Cri de colère, cri de douleur, cri de désespoir et larmes de sang. Personne n’entend, personne ne voit : ni les autorités du pays, ni les politiques, ni les forces internationales, qui ne sont là que pour leurs intérêts mercantiles. Une malédiction a-t-elle jeté son dévolu sur ce pays meurtri ?

          Depuis un siècle environ, seuls, le fracas des armes, la fureur des coups d’états et la violence des guerres à répétition se sont abattus sur ce pays martyr, qui semble voué à une interminable descente aux enfers.

          Le pays des Bantous doit retrouver son âme. Cette résurrection ne se concrétisera qu’au prix de la justice que réclame à grands cris l’âme des innocentes victimes, massacrées par les semeurs de terreurs d’un autre temps.

          La recherche légitime de la paix ne doit pas occulter la comparution des bourreaux devant les tribunaux. Jusqu’à maintenant, l’ensemble des initiatives de paix semble n’être qu’une diversion, ourdie par des puissances exogènes prédatrices, pour imposer, au mieux une paix bancale, au pire une balkanisation de la Centrafrique, le but étant de contrôler le pays et ses immenses richesses. Le tout, avec l’ignominieuse complicité de dirigeants incompétents et cupides, qui laissent végéter, dans un dénuement insupportable, des populations meurtries.

          Rien ne s’apaisera en Centrafrique sans une rupture franche avec les injustices et les impunités du passé.

 

L’IMPUNITÉ  ET  L’AMNISTIE NE SE NÉGOCIENT PAS

          Il est hors de question que le désarmement des bandes armées devienne un objet de marchandage de la part des rebelles.  Or, c’est ce qui semble se profiler à l’horizon avec les initiatives de paix venues des Russes et celles proposées par l’Union Africaine. Le Kremlin est en train d’imposer aux Centrafricains une Pax russisa, dont ils ne veulent pas. La prochaine réunion de Khartoum, qui prévoit une rencontre entre les autorités et les rebelles, comporte dans son ordre du jour une infâme proposition de fédéralisme. C’est inacceptable !

          Les chancelleries et les rues de Bangui ne bruissent que de ces hypothèses infâmes de séparatisme. La tactique consiste à promouvoir l’odieuse réclamation de dislocation de la République Centrafricaine par les rebelles, leurs mercenaires et leurs commanditaires, en même temps que l’absolution de leurs crimes de guerres et de leurs crimes contre humanités.

          Mais les Centrafricains ne veulent pas d’une paix boiteuse, qui ferait abstraction de la responsabilité des assassins dans le chaos et les crimes commis en République Centrafricaine. Aucune paix ne sera acceptée au prix de l’éclatement du pays. Aucun oubli des crimes commis en Centrafrique ne sera toléré.

          Bâtir la paix dans ce pays sur la base d’un fédéralisme comportant de petits Etats ingérables serait une aberration. Ne pas reconnaître la culpabilité des chefs de guerres et ne pas les juger constitueraient une insulte abominable à la mémoire des innombrables victimes. On n’a pas institué la Cour Pénale Spéciale de Bangui (CPSB) pour, ensuite, les oublier. Le châtiment des auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité doit être envisagée au même titre que la recherche de la paix.

 

L’OUBLI  INSUPPORTABLE  DU PEUPLE  CENTRAFRICAIN

          Comme il est loin, le souvenir du FORUM DE BANGUI ! Il avait pourtant vu surgir, au pays de Boganda, une certaine notion de gouvernement du Peuple par le Peuple.

          En effet, pour la première fois dans ce pays voué à de nombreuses dictatures, la population avait exprimé ses souhaits et sa vision de la société centrafricaine. Elle avait émis des recommandations légitimes, qui sont, aujourd’hui, ignorées par la classe politique, les dirigeants et les puissances étrangères impliquées dans le conflit qui ensanglante ce pays. Désormais, ce sont les Russes qui sont les maîtres du jeu en Centrafrique.

          Leur cynique instrumentalisation de l’opinion centrafricaine et internationale, afin d’instituer le fédéralisme en Centrafrique, est une hérésie. Vouloir morceler la République Centrafricaine est une machination que les Centrafricains doivent dénoncer, un geste hostile qu’ils ne peuvent pas accepter.

          L’initiative de l’Union Africaine ne doit pas non plus être instrumentalisée par la France, dans sa guerre froide contre la Fédération de Russie.

         Tout se passe comme si la Centrafrique était devenue un protectorat français, russe ou américain ! Ce transfert des responsabilités régaliennes d’un pays souverain à des puissances exogènes est une aberration qui met en danger la souveraineté de la RCA.

          La seule initiative qui vaille la peine d’être mise sur la table devrait être une initiative de paix centrafricaine. On aimerait connaître à ce propos les propositions du président Faustin Archange Touadera et de son gouvernement. Une contribution des puissances amie, dépourvue de tout arrière-pensée, pourrait être souhaitable et souhaitée, à condition qu’elles jouent franc jeu.

          Il n’en reste pas moins que la solution à la crise centrafricaine sera d’abord centrafricaine.

« LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE EST UNE RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE, LAÏQUE, INDIVISIBLE ET SOCIALE. »

                                                                                                                                                   

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